Jacques Bonnaffé lit Ellis Island
de Georges Perec (Flammarion)

Ellis Island, Flammarion

« Ce que moi, Georges Perec, je suis venu questionner ici, c’est l’errance, la dispersion, la diaspora. Ellis Island est pour moi le lieu même de l’exil, c’est-à dire le lieu de l’absence de lieu, le non-lieu, le nulle part. C’est en ce sens que ces images me concernent, me fascinent, m’impliquent, comme si la recherche de mon identité passait par l’appropriation de ce lieu-dépotoir où des fonctionnaires harassés baptisaient des Américains à la pelle. Ce qui pour moi se trouve ici ce ne sont en rien des repères, des racines ou des traces, mais le contraire : quelque chose d’informe, à la limite du dicible, quelque chose que je peux nommer clôture, ou scission, ou coupure, et qui est pour moi très intimement et très confusément lié au fait même d’être juif… »

Une superbe évocation d’Ellis Island, au pied de la statue de la Liberté à New York, par où transitèrent, de 1892 à 1924, près de seize millions d’émigrants en provenance d’Europe.

Georges Perec

Georges Perec est né à Paris le 7 mars 1936. Ses parents étaient des émigrés d’origine juive polonaise. Il devient très tôt orphelin : son père est tué au front en juin 1940 ; sa mère ne reviendra pas d’Auschwitz où elle fut déportée en 1943.
Ces fractures de l’enfance laisseront en lui leur marque indélébile. De ses parents, il dira : « j’écris parce qu’ils ont laissé en moi leur marque indélébile et que la trace en est l’écriture ; l’écriture est le souvenir de leur mort et l’affirmation de ma vie. » Écrire restera toujours pour lui « essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose. »
Georges Perec s’est confronté à des champs d’expérience très larges : la poésie (Ulcérations, La Clôture, Alphabets), reposant sur des contraintes oulipiennes ; l’écriture autobiographique (La Boutique obscure, W ou le souvenir d’enfance – admirable synthèse de fiction et d’autobiographie –, Je me souviens) ; l’essai (Espèces d’espaces, Penser/classer) ; le théâtre (L’Augmentation, La Poche Parmentier).
En 1974, il adapte pour le cinéma et tourne avec B. Queysanne Un homme qui dort(prix Jean Vigo). À partir de 1976, il rédigera les « Mots croisés » de l’hebdomadaire Le Point.
Georges Perec meurt le 3 mars 1982 à l’hôpital Charles-Foix d’Ivry-sur-Seine des suites d’un cancer du poumon.

Jacques Bonnaffé

Jacques Bonnaffé est un comédien à part entière, engagé par ses choix au cinéma et sa relation aux auteurs. Il étend sa pratique artistique à des domaines multiples, lectures ou concerts-textes, mises en scène, enregistrements remarquables, performances ou banquets littéraires, accordant à la poésie vivante, qu’elle soit dialectale ou savante, une part privilégiée. Il produit une émission quotidienne de poésie sur France Culture. Les tournées bercent son temps à travers toutes les régions dans tous les formats de salles possibles.

Crédits photos

Jacques Bonnaffe © Carole Bellaiche

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  • Date
    29 juin 2019
  • Heure
    16:30
  • Lieu
    Saint-Pierre-des-Cuisines
    | Toulouse
  • Durée
    45 minutes